Les 10 idées reçues de la précarité dans les terrains de camping

Publié le par association des aue

Ce texte est issu d'une conférence présentée par France Poulain, AUE, chef de service aménagement, urbanisme et environnement à la DDE60 lors de la journée nationale de lutte contre l'habitat indigne, Le Mans, Nov. 2006

Lutter contre l'habitat précaire, c'est également lutter contre les idées reçues qui s'y attachent. Et elles sont nombreuses lorsqu'il en est question dans les terrains de camping. En effet, en quoi le camping peut-il être précaire ? Quel peut être le lien entre le tourisme, activité coûteuse et superflue, et la précarité ? Il est possible de répondre à toutes ces interrogations en analysant la manière dont la société les appréhende, y répond ou justement parfois les ignore. Commençons tout d'abord avec ce qui guide notre action quotidienne : « Il faut [et/ou] on peut faire quelque chose ». Oui, et en premier lieu, il s'agit de dépasser l'assertion que « cela n'existe pas » puisqu'il s'agit de camping, premier mode d'hébergement en France pour les loisirs, qui n'inclut pas le séjour à l'année pour des personnes dont ce serait l'habitat principal. En second lieu, il est nécessaire d'en parler. L'invisibilité de ces dizaines de milliers de familles- créée, tolérée et pérennisée par la société toute entière – conduit à ce que ces faux campeurs n'apparaissent en terme statistiques et que les chiffres concernant le mal-logement soient minorés. Dès lors, ces personnes ont bien des difficultés à rejoindre le parc classique. Et ce ne sont pas les opérations de répression qui pourront les y aider réellement. Car si « c'est illégal [donc] il y a un coupable » est véridique si l'on considère que c'est la société toute entière qui en porte la responsabilité. Penser que ces personnes qui vivent dans des conditions précaires, en ne respectant certes pas les règles comprises dans le code de l'urbanisme, sont les seules responsables conduit à déresponsabiliser chacun d'entre nous de la part de tolérance qu'il génère par son comportement.

Car penser qu' « ils ont fait le choix du camping » fait partie des a priori consensuels portant sur la manière dont ces personnes sont arrivées dans un terrain de camping. Ils démontrent parfaitement que le phénomène est mal connu car des généralisations émergent alors que les catégories de résidants sont multiples. Ils existent des baroudeurs, proches des travellers britanniques, qui ne souhaitent pas habiter dans d'autres conditions, des retraités pour qui se pose la question de déterminer s'ils rentrent dans la catégorie des précaires et ce même s'ils habitent à l'année dans un camping, des jeunes étudiants, des familles avec enfants,... mais la généralité exposant que « ce sont tous des gens du voyage » est fausse. Dire alors que « c'est la conséquence de la crise du logement » ou que « C'est récent » correspond à une facilité puisque certains sont présents depuis plus de 25 ans, soit depuis l'entrée en crise de notre société contemporaine au début des années 1980. Alors si, certains ne restent que quelques mois pour avoir un boulot d'été en bord de mer, que d'autres demeurent seulement trois ou quatre mois le temps de trouver un logement dans le parc public mais plus souvent privé, ils sont de plus en plus à demeurer le temps d'un cycle résidentiel de location, soit environ 4 ans. Pour certains, « c'est une descente résidentielle » et pour d'autres c'est une remontée, comme pour tous ces anciens SDF venus de la rue qui trouvent dans la tente ou la caravane une extension de leur enveloppe corporelle qui leur a servi de toit pendant de nombreuses années. Pour ces derniers, l'habitat en camping est déjà une victoire, même si leur place, à terme, ne peut être dans un lieu dédié aux loisirs.

Si les catégories sont multiples, quelle résonance donner alors aux chiffres concernant la totalité? Certaines affirmations portent sur le nombre de personnes qui habitent à l'année dans les terrains de camping. Mais, comme cette pratique n'est pas autorisée, il n'existe pas non plus de case la recensant dans les statistiques officielles. Les estimations portent aujourd'hui sur un chiffre oscillant entre 70.000 et 120.000 personnes. Alors dire que « c'est un phénomène marginal dans l'habitat indigne » est exact mais il ne faut pas les oublier quand même. Quand à dire qu' « ils sont de plus en plus nombreux » serait en grande partie inexact. Les gérants n'ouvrent pas plus d'emplacements, car leur activité commerciale est liée au tourisme et ils ne peuvent changer l'image de leur camping sans prendre le risque de perdre leur clientèle de référence. Néanmoins, on assiste à un phénomène de « taquet » qui pousse les plus pauvres hors des terrains, remplacés par des familles disposant de plus de ressources. Et on les retrouvent alors sur parcelles privées dans une précarité et une invisibilité bien plus grandes encore.

Publié dans urbanisme

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